Départementales : revivez les temps forts du débat France Bleu Vaucluse

Les règles du jeu étaient simples mais certains ont pourtant failli à la tâche. Une heure pour convaincre les auditeurs de France Bleu Vaucluse, deux règles impérieuses : ne jamais évoquer son canton et ne pas nommer explicitement la partie adverse.

Dans l’arène démocratique, 5 élus sortants : Dominique Santoni (LR), Jean-François Lovisolo (PS), Hervé de Lépinau (RN), Yann Bompard (Ligue du Sud) et Alain Moretti (LREM), ont tenté de convaincre les électeurs de leur légitimité à prendre la tête du Département et répondre aux préoccupations des citoyens. Santé, logement, emploi, service public, crise sanitaire, les élus locaux ont fait face à un animateur des plus aiguisés, Daniel Morin, prêt à bondir à la moindre langue de bois. Entre missives politiques, amertumes profondes, non-dits et immigration, éternel serpent de mer, ce débat tant attendu à quelques jours du 1er tour des élections a certainement laissé les auditeurs dans un flou artistique, à défaut de les avoir convaincus.

« Il n’y a plus de politique car j’ai en face de moi ceux qui ont participé à l’enterrement de ce Département », amorce Hervé de Lépinau. On s’attendait à quelques minutes de répit, le temps que les esprits s’échauffent. L’élu RN en décide autrement et ouvre d’emblée les hostilités. Une argumentation déroulée au fil de l’eau que Dominique Santoni jugera régulièrement de « pas claire », pointant l’incohérence et le manque de lisibilité des propos.

Les Vauclusiens connaissent-ils le rôle du Département ?

De l’aveu du micro-trottoir diffusé en préambule du débat, les citoyens boudent largement les élections départementales. C’est à peine si ces derniers connaissent l’étendue des missions de l’institution à l’égard des vauclusiens. Dominique Santoni se réjouit au moins d’une chose : « ils ont cité les collèges et le sport, ce sont des compétences dont je m’occupe depuis 6 ans ». Jean-François Lovisolo déplore que le département soit devenu ‘un guichet social ‘ servant à donner des prestations sans réelle logique politique. Le maire de la Tour d’Aigues abonde : « les gens ne se reconnaissent plus dans cette institution » et interroge sur la manière d’aménager ce territoire pour répondre aux préoccupations concrètes telles que l’accès au logement et à l’emploi.

L’élu RN Hervé de Lépinau se montre plus tranchant : « On a devitalisé le pouvoir du Département et j’ai en face de moi ceux qui ont participé à cela. La loi ‘Notre‘ a été le coup de grâce en raison du transfert de compétences vers la Région. Je ne suis pas étonné que les représentants de la Macronie donnent les derniers coups de marteau sur les clous du cercueil du Département. »

Une invective qui n’est pas tombée dans l’oreille d’un sourd. Tapi dans l’ombre, Alain Moretti (LREM) rétorque avec son flegme légendaire : « je n’ai apporté ni marteau, ni clou. Les gens sont tout simplement saturés par la politique nationale et il y a peut-être un transfert sur les campagnes locales. » Pour Yann Bompard (Ligue du Sud), le désamour à l’égard de l’institution est plus large que le département, il est national : « des LR deviennent macronistes, des ex UMP deviennent RN. Tout se mélange. » L’élu lance un pavé dans la marre et aborde le « torrent migratoire » : « alors que l’on que sait que 80% sont opposés à l’immigration, la majorité LR, main dans la main avec la Gauche, vote pour l’accueil des clandestins ».

Pour Hervé de Lépinau, le transfert de compétences est le cheval de bataille tant il a été dévastateur. « Quand vous voyez que la compétence économique est partie à la région, de même pour le transport et le tourisme, il va nous rester quoi ?, interroge l’élu frontiste. Aujourd’hui, nos compétences se limitent au super guichet social à travers l’attribution du RSA. Jean-François Lovisolo, ou du moins son père, a appartenu à cette majorité, Dominique Santoni sort d’un exécutif qui a dirigé le Département pendant 6 ans, vous n’avez pas suffisamment impacté le quotidien des gens. »

La conseillère LR Dominique Santoni persiste et signe : le département est la collectivité qui a le plus d’influence sur la vie des gens. « Ce sont les routes, les collèges, le sport, nos ainés, on ne peut pas dire que le Département n’est pas dans la proximité », souligne la maire d’Apt qui rappellera à plusieurs reprises que l’immigration est la compétence de l’Etat. Elle rétorquera au RN « vous ramenez tout au social. C’est plutôt vous qui avez éloigné les électeurs du véritable débat. » La réduction de la masse salariale est une priorité pour la Ligue du sud, « il faut faire des économies. Nous subissons les conséquences de la gestion socialiste du Département depuis très longtemps. »

« Nos compétences se limitent au super guichet social »

Si le personnel est important, c’est parce que le département est très pauvre selon le maire de la Tour d’Aigues : « C’est toujours bon de taper sur les fonctionnaires en période électorale. Moi je crois qu’ils font leur travail. Que veulent les gens ? Du logement et du boulot. Il fait déconcentrer l’organisation administrative, redonner la parole sur le terrain et accompagner les politiques publiques en ce sens. »

Dominique Santoni s’appuie sur son bilan, « 114M€, c’est la somme que le Département peut investir chaque année, nous avons redressé les finances et réduit l’endettement. Vous ne pouvez pas dire que ça ne marche pas, la machine nous l’avons bien faite avancer ». Hervé de Lépinau revient sur le bénéfice de l’âge, gagner une présidence dans ces conditions n’est pas « gage de dynamisme ». « Nous avons énormément d’agents qui espèrent que le RN prendra la tête du département dans quelques jours, ils ont senti cette envie de faire avancer les choses », juge l’élu frontiste Yann Bompard (Ligue du sud).

« Nous avions le nez dans le guidon en raison de la crise »

Alain Moretti n’attribut aucun laurier au Département pour la gestion de la crise mais admet tout de même qu’il a « joué son rôle ». Avis partagé pour la Ligue du sud pour qui « le département n’a pas été à la ramasse ». La Vice présidente du conseil départementale tient à recontextualiser les choses : « nous avions le nez dans le guidon. S’il n’y avait pas eu cette crise, beaucoup de chiffres se seraient améliorés, le nombre de bénéficiaires du RSA aurait baissé. Nous avons parfaitement été à la hauteur. »

Et d’aborder les ordinateurs portables distribués aux élèves et professeurs pour réduire cette fracture numérique. « Si nous faisons un nouveau mandat, nous pourrons impulser ces finances que nous avons réussi à redresser », projet Dominique Santoni. L’opinion est plus mitigée chez les socialistes : « le département était transparent, il n’a rien dit, rien fait. Nous n’avions pas de gel, pas de masques, nous nous sommes débrouillés pour s’en procurer et faire du porte à porte. Je me suis senti seul », déplore Jean-François Lovisolo.

Ruralité en danger ?

Socle de l’économie vauclusienne, Daniel Morin sondera les élus sur le maintien de la ruralité et l’accompagnement des agriculteurs. Le RN est catégorique, le Département a totalement failli suite à l’épisode de gel. « La situation était dramatique et la réponse du Maurice Chabert a été d’adresser un simple courrier au ministre de l’Agriculture. Il fallait se battre pour obtenir, non pas des reports, mais des allègements de charges. Notre exécutif est passé à côté du sujet », pointe le RN.

La ruralité, c’est aussi l’inclusion et le maillage des territoires, un champ d’action encore une fois délaissé par le département selon Hervé de Lépinau : « les politiques sont à l’origine du démantèlement du service public. Nous n’avons jamais payé autant d’impôts, et ceux qui sont devant nous dans ce studio ont participé par leur engagement pris par les ténors de leur parti politique à la destruction du service public. » Les Républicains « n’ont pas détruit le service public » hèle Dominique Santoni. « Nous avons agi sur le captage d’eau, travaillé sur agrilocal, favorisé les circuits courts. Comment pouvez-vous dire aujourd’hui que nous n’aidons pas les agriculteurs ?! », s’offusque-t-elle.

Si j’étais à la tête du Département

Jean-François Lovisolo mettrait tout d’abord l’accent sur l’écologie et l’environnement, pour ensuite se concentrer sur l’accession à la propriété. « On ne peut plus devenir propriétaire dans ce Département, notamment les jeunes qui travaillent. On ne peut pas être uniquement animé par les résidences secondaires et les locations saisonnières. Il faut trouver des solutions pour l’aménagement du territoire, mettre en place des pôles clairs. Mon reproche ? Que le Département ne se soit jamais positionné sur la question du service public », explique le maire de la Tour d’Aigues.

Yann Bompard porterait une attention particulière sur l’identité et la sécurité. Le RN, quant à lui, ramènerait le gouvernement à ses obligations financières envers le département. « Pourquoi le 6e département le plus pauvre de France doit supporter une telle part dans la gestion de la pauvreté ? Rendez-nous l’argent, la France contribue plus que ce qu’elle ne reçoit. Les parisiens sont persuadés que nous sommes un département riche, un lieu de villégiature. L’olivier du Luberon cache la forêt de la misère du Vaucluse », abonde Hervé de Lépinau.

Dominique Santoni en chien de faïence : « c’est du bashing ça ! Présentez-vous aux nationales, cela ne fait pas partie des compétences du Département. » Réponse immédiate d’Hervé de Lépinau : « souvenez-vous, j’avais dit au Président Maurice Chabert qu’il pouvait planter sa tente Quechua devant l’Elysée, pour dire au gouvernement d’arrêter de nous voler cette fiscalité locale dont nous avons terriblement besoin. »

Dominique Santoni se montre une fois de plus solidaire du bilan du Département qui a mené une gestion de « bon sens ». « Vous étiez d’ailleurs tous d’accord pour dire que le redressement des finances était effectif. Nous avons deux priorités, la santé et la sécurité. Il faut que les Vauclusiens aient confiance au Département, souligne-t-elle. Il faut donner des bourses aux étudiants en médecine, remettre des médecins dans les espaces de solidarités et déployer la télémédecine. Je n’ai pas honte d’exporter les bonnes idées, aider certaines communes à s’équiper en système de vidéo surveillance ou équiper d’avantage les policiers municipaux. Il faut une vision à long terme, nous travaillerons avec les élus de tous les cantons, nous sommes comme un puzzle, chacun est un morceau du territoire. »

Agriculture et écologie

Selon Yann Bompard, « le problème nous dépasse. Avec la concurrence mondialisée, un agriculteur se suicide tous les jours, le département ne peut pas faire autant que ce qu’il pourrait. » Aux yeux des socialistes, « il en va de la responsabilité de l’Etat qui ne délivre plus de permis et le Département qui n’a pas mené une politique foncière raisonnée. » Et le président de l’Association des maires du Vaucluse d’ajouter : « quand on voit que 300 hectares partent sur des zones logistiques. Il faut des zones d’activité économique mais à la hauteur des enjeux de création d’emploi. »

En matière d’écologie, pour le RN, il faut remettre le Vaucluse sur la carte de France et même du monde. Alors évidemment, il faut éteindre la lumière, couper l’eau mais c’est un effort collectif. « Le foncier agricole est grignoté par l’activité économique, quand vous créez des zones bitumées, forcément elles vont se réchauffer rapidement », regrette le RN. Pour Dominique Santoni : « on est dans une situation d’urgence, le sujet me touche particulièrement puisque je suis présidente du Parc naturel régional du Luberon. Je vous rejoins sur une chose, cela passe par l’éducation de nos enfants. » Jean-François Lovisolo regrette de ne pas avoir eu de filière bois, « on s’est engagé et on s’est finalement retrouvé seuls. Ça aurait pourtant été très intéressant pour le Luberon. J’aurais également souhaité une politique plus volontariste afin d’isoler les bâtiments. »

Possibilités d’alliance ?

Quels sont les cas de figure à l’issue du premier tour ? Les parties peuvent-elle mettre en commun leur volonté et s’allier sous le même drapeau ? Jean-François Lovisolo : « je ne me pose même pas la question du 3e tour, on y va simplement avec l’ambition d’être majoritaire. » Avis partagé par Dominique Santoni : « on part pour gagner. Nous sommes prêts à travailler avec des candidats de la Droite républicaine. Je suis une femme de Droite, je n’ai pas changé ». Hervé de Lépinau : « j’espère que nous serons une vraie majorité départementale, je souris toujours quand je vois les candidats LR et Divers droite revendiquer une majorité départementale qui n’existe pas, vous êtes minoritaires. » La Ligue du sud est prête à collaborer avec les autres partis mais déplore une réciprocité inexistante : « Le RN par exemple ne souhaite pas travailler avec nous. »

Le mot de la fin

Le format touche à sa fin, l’antenne doit être rendue d’une seconde à l’autre. Dominique Santoni mise sur l’héritage: « ce département a besoin de stabilité, de continuité, il ne peut pas changer tous les 6 ans. Dans notre équipe, la plupart sont des maires et des élus, ce sont des gens de terrain. Ma volonté est de permettre à nos enfants de grandir, d’apprendre et de se former. Allez voter dimanche, la mer sera toujours là après 8h. » Alain Moretti viendra conclure ces échanges animés par une sage devise : « la légitimité d’un vote tient à la participation. Votez qui vous voulez, mais votez. »

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