Divertissement

Pourquoi « Antebellum » est un gâchis

Sorti en septembre dernier dans les salles françaises, Antebellum a suscité de multiples critiques et débats sur la toile. Pour certains, il s’agit là du digne successeur de Get Out ou Twelve Years a slave, pour d’autres, le long métrage n’est rien d’autre qu’un tollé desservant la cause anti-raciste.

Un concept monstrueusement génial

L’idée scénaristique est tout bonnement parfaite. Autrice noire à succès aux USA, Veronica Henley (une Janelle Monáe brillante de talent) est soudainement extraite de son quotidien (le procédé est discutable), pour être projetée dans une autre dimension temporelle. La jeune femme se retrouve dans le passé à une époque encore coloniale, dans une plantation de coton. Piégée dans un cauchemar ou ses semblables subissent sévices corporels et injustices, elle tente alors de mener une rébellion. Antebellum est un mot latin signifiant « avant la guerre » (ante : avant, bellum : guerre), comprenez ici, avant la guerre de sécession qui frappera les Etats-Unis en 1860.

Le mécanisme de passerelle temporelle entre deux époques opposées est brillante. À mi-chemin entre le thriller et l’épouvante, cette réalisation s’attaque au racisme et fait écho à la mouvance Black Lives Matter qui secoue les Etats-Unis et l’Europe. Le passage entre les deux époques est déstabilisant, il interpelle le public et sème le malaise quant à la violence de l’ère coloniale et la servitude. Le film nous rappelle aisément (dans un registre humoristique) Case départ, avec les tordants Thomas Ngijol et Fabrice Eboué.

La production arbore un twist à mi-parcours extrêmement surprenant, dont les secrets sont furtivement disséminés au cours de quelques scènes. Outre le concept scénaristique ingénieux, Antebellum nous gratifie de deux plans-séquences visuellement délicieux. L’esthétique et les jeux de lumière ajoutent de l’émotion et de la profondeur à l’écriture.

Un traitement caricatural décevant

On aurait aimé conclure sur ces lignes élogieuses, garder un souvenir intact de cette production presque inédite. Seulement voilà, le traitement choisi ne rend pas du tout justice au film. Le découpage des scènes est malhabile, le passage entre les deux époques est décousu, le tempo de la première partie est trop lent. Le long métrage manque de dynamisme et de passerelles plus régulières entre les deux époques.

La bien-pensance racialiste poussée jusqu’à la caricature termine d’achever ce film. Les personnages sont pour la plupart antipathiques et prétentieux. Le traitement des dialogues manque de finesse et les revendications de profondeur. La copine est embarrassante, à la limite du vulgaire. Le combat de Veronica Henley est décrédibilisé par son aversion profonde et son pseudo combat féministe. La famille qu’elle forme avec sa fille et son compagnon, dans les temps modernes, souffre d’une image parfaite. Le bonheur est trop lisse, trop conventionnel, à la limite du crédible. En quelques mots, ce film utilise une grande cause pour cacher sa médiocrité. Une coquille vide.

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